La multiplication des normes ressemble à une hypertrophie administrative. Chaque secteur a sa réglementation, et ses incohérences. Exemple : les restaurants doivent afficher la provenance de la viande au centimètre près, mais peuvent changer de carte sans prévenir personne. Les boulangeries doivent fermer un jour par semaine… sauf si elles ont l’autorisation de ne pas le faire. Quant aux entreprises, elles jonglent entre RGPD, tri des déchets, normes incendie différentes d’une commune à l’autre, et le très français Document Unique d’Évaluation des Risques que même son auteur ne relit plus. On réglemente jusqu’à la couleur des gilets fluorescents, mais on s’étonne ensuite que les dirigeants passent plus de temps avec leur classeur administratif qu’avec leurs clients.
Normons le plaisir
Les experts-comptables eux-mêmes, pourtant athlètes de la règle, n’y comprennent plus rien. Ils réclament à cor et à cri une simplification salvatrice. Mais rien n’y fait : chaque loi de finances ajoute un mille-feuille fiscal de plus, chaque réforme sociale crée une nouvelle usine à gaz. Le système est devenu tellement complexe que les professionnels du chiffre doivent embaucher des… professionnels du chiffre pour en sortir.
Et que dire du sentiment de liberté, si cher aux français qui s’estompe peu à peu, sans bruit. À ce stade, soyons honnêtes : on ne parle plus d’administration, mais d’entraînement intensif à la vie sous haute tutelle. Alors, tant qu’on y est, normons la passion, encadrons le plaisir, contrôlons la cabriole. Trois positions, pas une de plus. Avant 55 ans, sans torsion non déclarée. Parce que s’offrir du plaisir et jouri de la vie, oui… mais en respectant la réglementation en vigueur.
On y est presque
Entre les lois, décrets, arrêtés, normes et règlements qui s’empilent plus vite qu’un rapport de la Cour des comptes, la France se transforme en immense manuel d’instructions où tout est encadré, vérifié, tamponné. À ce rythme, il ne manquera plus qu’un décret fixant le nombre de positions autorisées pour faire l’amour : trois ! Pas une de plus pour limiter le risque lombaire et les dépenses de kiné à la Sécurité sociale.


